mercredi 19 décembre 2007
"La fée Carabine" de Daniel Pennac
"Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c'est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ? " Ainsi s'interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, coeur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d'un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l'innocence même (" l'innocence m'aime ") et pourtant... pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale"
La famille Malaussène devient un hospice de vieux ! Tante Julie ramène des vieillards drogués (dont Risson le libraire facho viré du Magasin) et Thérèse, férue d'astrologie, les prend en charge et leur redonne goût à la vie. On retrouve donc Risson, Semelle, Verdun, Rognon et Papy-Merlan l'ancien coiffeur. Tous sont hébergés dans l'ex-quincaillerie à Belleville. C'est surtout une lubie de Julie qui désire pondre un article sur les vieux et la drogue ! La mère de Malaussène est revenue, enceinte du septième (d'un septième homme) et Julius est toujours épileptique.
Le roman démarre par une singulière anecdote : un flic (l'inspecteur Vanini) se fait buter par une vieille. Elle lui éclate la tête par une balle de P.38 ! Le Petit qui se promène avec Julius est témoin de la scène et raconte, à son retour, qu'une fée a transformé un type en fleur ! La fleur représente la tête éclatée sur le verglas !!! Les Arabes du coin se méfient car le flic était un casseur raciste et offrait des coups de poing américain sur les tronches récalcitrantes. Récalcitrantes et bronzées de préférence ! Possédant des photos compromettantes sur ce ripoux, les lieutenants d'Hadouch refilent les clichés à Benjamin, de peur qu'on leur colle le crime sur le dos. En parallèle, une femme est jetée du Pont Neuf par des individus. Elle tombe sur une péniche. Une violoniste amateur est témoin de l'incident, sa fenêtre de chambre se trouvant en face. Malheureusement c'est Julie la "belle de la péniche" ! En plus, une mystérieuse femme fournit des amphétamines aux vieux qu'elle croise. Les flics à la solde des commissaires Coudrier et Cercaire deviennent nerveux.
Ce deuxième volet a une tendance polar nettement plus forte, plus marquée que le précédent "Au bonheur des Ogres". Le récit est moins jubilatoire et Malaussène moins présent. L'intrigue est mieux structurée mais perd un peu de la fraîcheur et de l'ironie caustique du premier tome. Nous assistons à un heureux évènement qui "gonfle" la famille nombreuse de Benjamin l'aîné : la naissance d'une fille au doux prénom de Verdun ! L'intrigue est rondement menée entre les flics Pastor, Cercaire, Thian, Coudrier et le tout est riche en rebondissements crapuleux et sordides. Un Malaussène très différent du premier. J'ai hâte de lire "La petite marchande de prose" !
mercredi 21 novembre 2007
"Au bonheur des ogres"
J'ai décidé de reprendre toute la série du fabuleux bouc-émissaire professionnel créé par Daniel PENNAC : BENJAMIN MALAUSSENE ! C'est une prose si jubilatoire qu'elle mérite une catégorie bien à elle !
J'ai donc supprimé les deux anciens billets ("Au bonheur des ogres" et "La fée Carabine") dans la partie "Littérature Classique" préférant développer plus profondément cette série ubuesque à souhait !
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"Au bonheur des ogres" est paru en 1985.
"Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël. Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire). Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné. Pourquoi moi ?Je dois avoir un don..."
Il me faut tout d'abord vous présenter la galerie de personnages qui peuple ce fouillis délirant ! Mais avant de débuter, vous remarquerez la couverture illustrée avec talent (comme à son habitude) par Tardi. Elle résume parfaitement l'histoire et la kyrielle de farfelus qui composent le récit. D'ailleurs Tardi a participé notamment à des adaptations de BD avec Pennac ("La débauche" par exemple).
Benjamin Malaussène est employé au service fictif "Contrôle Technique" d'un grand magasin, sous la gérance d'un vétéran de la guerre d'Indochine surnommé Lehman. C'est le 24 décembre et Cazeneuve, le flic de l'étage, fait sa ronde parmi les nombreux clients. Malaussène sert de bouc émissaire comme emploi ! Dès qu'une cliente se présente à Lehman pour dénoncer un matériel hors-service (ici c'est un frigo qui a incinéré toutes ses victuailles du réveillon), Lehman convoque Malaussène pour lui signifier toutes les misères du monde. Affolée de tant de futures représailles envers l'employé, la cliente ne peut que retirer sa plainte, émue et sanglotante ! Des bombes explosent au Magasin et Benjamin est forcément le suspect numéro un de cette vague d'attentats aveugles. Malaussène est l'aîné d'une fratrie de demi-soeurs et frères : la douce Clara qui photographie comme elle respire avec un Leika, Thérèse l'extralucide, Louna l'amoureuse qui désire avorter pour garder Laurent, Jérémy le curieux, le Petit rêveur, la maman et ses amants... Le tout sous les yeux de Julius, le chien épileptique, et de Tante Julia, journaliste volcanique à Actuel, aux seins lourds.
Mais il ne faut pas oublier l'inspecteur stagiaire Caregga, le commissaire Coudrier, Théo le pédéraste, le restaurant arabe du quartier de Belleville tenu par Amar et sa femme Yasmina, le cuistot Hadouch, le veilleur de nuit du Magasin Stojilkovitch dit "Stojil" (un pro de parties d'échecs durant sa nuit de veille), Sainclair le jeune directeur du Magasin, Lecyfre le syndicaliste et quelques flics ! Vous l'avez compris... c'est vivant et nous parcourons les évènements avec délectation et ironie.
Certaines répliques de Malaussène et ce détachement un peu hautain, cynique et désabusé me rappellent un autre personnage de Léo Malet : NESTOR BURMA ! Je mets MALET et PENNAC dans le même sac !
Rapidement l'univers de Malaussène prend le dessus de l'intrigue, somme toute moyenne. Six bombes artisanales pour une sombre affaire datant de 1942... mais chut ! Les personnages deviennent vite attachants et nous avons plaisir à suivre les déboires de ce pauvre Ben (heureux de son sort) qui change d'employeur à la fin du livre. Une certaine Reine Zabo !
A suivre... "La fée Carabine"















