Les lectures d'Oggy

Mes lectures et films au gré de mes journées....

dimanche 16 décembre 2007

"Zacharie l'escarcelle" de Soljénitsyne

Zacharie"Zacharie l'escarcelle est le récit d'une randonnée à bicyclette vers un des hauts lieux de l'histoire russe, le mamelon entre le fleuve Don et la rivière Nepriadva où, en 1380, le grand prince de Moscou mit en fuite la horde mongole. Les morts gisent là, par deux mètres de profondeur. Le mémorial est gardé par Zacharie, une sorte de bon à rien, hâbleur et dépenaillé, mais cachant peut-être un trésor de bonté. La légende masque les souffrances et les revers. Et l'humble Zacharie recèle peut-être la grande vertu de la Russie. Les Etudes et Miniatures, ou poèmes en prose, sont des pensées métaphoriques liées aux grands thèmes des romans soljénitsyniens. Leur forme est héritée de Tourgueniev. La Main droite enfin s'apparente étroitement au Pavillon des cancéreux. C'est, avec La maison de Matriona, un chef-d'oeuvre du récit court."

Coup_de_coeur

Etudes et Miniatures (poèmes en prose) contiennent cinquante pages de pensées métaphysiques. Ces réflexions datent de 1961. Le premier récit se nomme "La respiration" et je ne peux vous priver de ces lignes remarquables de justesse :

"Il a plu un peu cette nuit et maintenant le ciel est traversé de gros nuages et de temps à autre il tombe quelques gouttes.
Je suis debout sous un pommier, mais les herbes tout autour embaument après la pluie et aucun mot ne peut exprimer cette odeur sucrée qui imprègne l'air.
Je la hume à pleins poumons, je sens cet arôme avec toute ma poitrine, je respire, je respire, les yeux tantôt ouverts, tantôt fermés, je ne sais pas ce qui est le mieux.
Voilà, en somme, la liberté, l'unique liberté, mais aussi la plus précieuse, dont nous prive la prison : pouvoir respirer ainsi, pouvoir respirer dans un endroit comme celui-ci. Aucune nourriture terrestre, aucun vin, aucun baiser de femme même, n'est pour moi plus doux que cet air ivre de floraison, d'humidité, de fraîcheur.
Peu importe que ceci ne soit qu'un minuscule jardin, resserré entre les cages à fauves de maisons de quatre étages.
Je cesse d'entendre les pétarades des motocyclettes, les hurlements des postes de radio, le tambourinement des haut-parleurs. Tant qu'on peut encore respirer, après la pluie, sous un pommier, on peut encore vivre !"

Ce sont des courtes impressions, des atmosphères ressenties au bord d'un lac, d'un caneton, d'un reflet dans l'eau, d'un feu de bois, d'un petit chien nommé Boule...

Zacharie l'escarcelle est le deuxième texte paru dans le numéro de janvier 1966 de la revue Novy Mir. Le narrateur et des amis se rendent à vélo sur le mémorial du champs-des-bécasses à Koulikov, entre le fleuve Don et la rivière Nepriadva. Ce champ de bataille relate l'affrontement entre le grand prince de Moscou et la horde mongole dans la nuit du 7 au 8 septembre 1380 où périrent près de 200 000 hommes avant le petit matin. Le mémorial laissé à l'abandon sur des terres vierges et herbeuses est gardé par Zacharie un vieux roublard qui invective les touristes. Sous la rudesse du personnage, on devine la vertu de la Grande Russie et ses valeurs. Malgré l'inutilité de sa fonction, l'homme fait preuve d'abnégation sous un masque de paysan crasseux et fainéant. C'est un texte court mais indispensable.

Le troisième récit est "La main droite" datant de 1964. C'est un récit bouleversant de vérité. Soljénitsyne aide un homme mourant à entrer à l'hôpital. Hélas l'infirmière refuse de le laisser entrer car les horaires d'ouverture sont dépassés ! L'homme est un ancien soldat dont la bravoure est effacée depuis longtemps... les témoins sont morts ! Il lui reste un bout d'attestation dont l'infirmière n'a que faire et l'homme reste prostré sur le banc, "son ventre gonflé, rond, s'étalant monstrueusement sur ses cuisses".

Le dernier texte est "La procession de Pâques".

soljenitsyne

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samedi 21 juillet 2007

"Souvenirs de la maison des morts" de Dostoïevski

mortsLa maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de " service militaire ". Mais la maison des morts, c'est aussi le Goulag. La Russie de Dostoïevsky est déjà celle de Staline, de Beria, de Vychinsky, des grands procès où les accusés rivalisent devant leurs procureurs de contrition et d'aveux. Comme l'écrit Claude Roy, " la Russie d'hier et la Russie moderne sont exemplaires dans la science du "châtiment" sur deux points essentiels. Elles ont poussé plus avant peut-être qu'aucun peuple l'art de donner aux tortionnaires cette paix de l'esprit que procure la bonne conscience. Elles ont su simultanément contraindre un nombre important de leurs victimes, non seulement à subir sans révolte les épreuves infligées, mais à donner à leurs tourmenteurs un total acquiescement. "

Coup_de_coeur

Un livre intense. "Les souvenirs de la maison des morts" sont à peine romancés car Fédor (ça va plus vite !) use d'un biais pour présenter son récit et utilise le personnage d'Alexandre Petrovitch Goriantchikov pour relater les quatre années passées au bagne (la forteresse d'Omsk) de 1850 à 1854.

Plus qu'un récit, c'est surtout une critique sévère des lois et règlements du système pénitenciaire, une analyse subtile des compagnons, des forçats, des gardes qui composent la vie au camp sibérien. Hélas Fédor est un noble et sera mis à l'écart par les forçats issus du peuple. "Oui, l'homme a la vie dure ! Un être qui s'habitue à tout, voilà, je pense, la meilleure définition qu'on puisse donner de l'homme." L'auteur observe et dénonce déjà les lacunes de la répression, "le fameux système cellulaire n'atteint, j'en suis convaincu, qu'un but trompeur, apparent. Il suce la sève vitale de l'individu, l'énerve dans son âme, l'affaiblit, l'effraie, puis il vous présente comme un modèle de redressement, de repentir, une momie moralement desséchée et à demi folle".

siberie

Nous assistons à de merveilleux passages où des compagnons d'infortune se révèlent délicats, instruits, doux... notamment le jeune Ali qui apprend à lire et à écrire le Russe en quelques semaines grâce à Dostoïevski. L'écrivain dévoile ses premières impressions au camp, son premier mois, quelques connaissances, un Noël et un spectacle, l'hôpital, les fustigations (punitions à coups de verge), l'été, les animaux du bagne, ses camarades et sa sortie du bagne (la dernière phrase qui termine ce roman est lourde d'intensité par sa justesse et d'une incroyable efficacité)... mais le passage le plus dantesque est celui où l'auteur décrit les bains, les étuves pour être précis. Seul un génie peut écrire des lignes pareilles ! "L'eau sale giclait de partout. Les forçats éprouvaient une sorte d'ivresse, une étrange griserie ; les hurlements, les cris se croisaient. A la lucarne de l'anti-chambre par où l'on passait l'eau chaude, la cohue était plus dense encore. On y jurait, on s'y bousculait effroyablement." Rien que pour ce paragraphe dantesque, vous devez acheter ce livre. Et vite !

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samedi 23 juin 2007

"Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov

284575183_L"Ecrit sous la terreur par un homme malade et désespéré, " Le Maître et Marguerite " a mis vingt-cinq ans pour s'imposer comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature russe et devenir un livre culte dont la construction diabolique n'a pas fini d'enchanter les lecteurs.
Comment définir un mythe ? Les personnages de ce roman fantastique sont le diable, un écrivain suicidaire, un chat géant, Jésus et Ponce Pilate, la plus belle femme du monde... On y trouve des meurtres atroces et des crucifixions. C'est une satire acerbe, une comédie burlesque, une parodie politique, un poème philosophique dévastateur avec des fantômes et des transformations magiques. Mais cette fantasmagorie baroque, ce film noir, cette vision d'apocalypse est aussi l'une des plus belles histoires d'amour jamais écrites."

Le commentaire de Fantasio m'avait donné l'eau à la bouche ! J'ai donc suivi son conseil et me suis procuré cette oeuvre dernièrement... et quelle ne fut ma surprise -un divin hasard. Je fus envoûté par l'histoire et par la beauté de l'écriture de Boulgakov... une prose limpide et pure comme seuls savent le faire les grands auteurs.

Boulgakov travailla sans relâche durant dix ans sur ce livre et continua à corriger inlassablement les pages dactylographiées jusqu'à sa mort ! Ce roman est écrit sur deux plans, l'un historique (Ponce Pilate procurateur de Judée qui juge Jésus) et l'autre qui montre le Moscou des années vingt avec une galerie de personnages... ceux-ci sous l'emprise de Satan qui se grime sous les traits de Woland, accompagné d'un échalas à lorgnon fêlé (Fahoth) et un gros chat qui parle et marche comme un homme (Béhémoth). C'est difficile de commenter une oeuvre pareille... c'est une allégorie de Faust, un Moscou qui se meurt et qui se ridiculise ; fiction, poésie, satire, crimes, illusions, manipulations, tentations, perversités... Woland joue avec tous les acteurs qui peuplent ce monde socialiste en perte de vitesse. Ce livre est un écrin.

Coup_de_coeur

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vendredi 22 juin 2007

"Le manteau" de Nicolas Gogol

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Akaki Akakievitch, un obscur conseiller titulaire, ne trouve son bonheur que dans les copies calligraphiées de documents officiels. IL y consacre son travail, ses loisirs et ses soirées. Ses collègues le méprisent ouvertement mais il n'y prête guère attention. La bise venant, il endosse son manteau qui, hélas, a rendu l'âme depuis longtemps. Il s'adresse à Petrovitch, un voisin tailleur et misérable...

Une grande nouvelle qui annonce Kafka ! Un quotidien absurde et satirique.

Le livre contient également "Le nez".

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mercredi 13 juin 2007

"La Dame de Pique" d'Alexandre POUCHKINE

dame_de_pique"Au cours d'une soirée de jeu, de jeunes hommes de la bonne société russe du XIXe siècle parlent entre eux du pouvoir que détiendrait la comtesse Anna Fédotovna, grand-mère d'un des interlocuteurs. Cette femme aurait le don de deviner à l'avance les trois prochaines cartes tirées au cours d'un jeu de hasard.

Fasciné par les perspectives de richesse que pourrait lui amener ce pouvoir, Hermann, jeune officier du génie, use de tous ses charmes pour courtiser Lizaveta Ivanovna, jeune demoiselle de compagnie auprès de la comtesse, afin de pouvoir s'approcher de cette comtesse et lui soustraire son secret."

Coup_de_coeur

PouchkineFantasio me fait découvrir les auteurs russes par des choix judicieux et des commentaires alléchants. Cherchant dans mes cartons un récit de Pouchkine, je découvris la nouvelle "La dame de Pique" et fus surpris par l'intensité fantastique du récit. Je lus la centaine de pages lors de cette soirée ainsi que le deuxième court -trop court- texte de "Le coup de pistolet" qui relate un singulier duel entre deux hommes.

Je pense faire d'heureuses découvertes avec les auteurs russes, longtemps dédaignés par une immaturité de lecteur. J'ai un long chemin à parcourir mais "l'ambition n'est-elle pas le dernier refuge du raté" ?

Je précise que la couverture ne correspond pas à mon livre ! Je possède un recueil (collection Maxi-Livres) à 1 € ! Idem pour Wilde, Tolstoï, Gogol et Dickens. Ca se lit vite et la veillée paraît moins rude !

Pris la couverture en photo : DSC01242

Posté par bibliooggy à 23:58 - Littérature Russe - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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