lundi 14 juillet 2008
"Semmelweis"
"Et c'est vers la fin de ces deux années passées dans la chirurgie qu'il écrivit, avec cette pointe de hargne par laquelle se caractérise déjà sa plume impatiente : "Tout ce qui se fait ici me paraît bien inutile, les décès se succèdent avec simplicité. On continue à opérer, cependant, sans chercher à savoir vraiment pourquoi tel malade succombe plutôt qu'un autre dans des cas identiques." Et parcourant ces lignes on peut dire que c'est fait ! Que son panthéisme est enterré. Qu'il entre en révolte, qu'il est sur le chemin de la lumière ! Rien désormais ne l'arrêtera plus. Il ne sait pas encore par quel côté il va entreprendre une réforme grandiose de cette chirurgie maudite, mais il est l'homme de cette mission, il le sent, et le plus fort est qu'un peu plus, c'était vrai. Après un brillant concours, il est nommé maître en chirurgie le 26 novembre 1846."
Le docteur Destouches a trente ans lorsqu'il écrit sa thèse sur le Hongrois Philippe-Ignace Semmelweis. Pour Céline, cette thèse démontre "le danger de vouloir trop de bien aux hommes". Ce livre reprend l'édition publiée en 1936 et diffère légèrement de la thèse soutenue le 1er mai 1924. L'humanité est souffrante et meurt pour rien. Il faudrait la soigner mais c'est impossible ! "Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher, forcément." L'humanité s'enlise depuis la Chute de l'empire romain dans d'horribles débauches. La paix s'installe avec Napoléon. Lors de cette "époque de convalescence" naquit P.I Semmelweis le 18 juillet 1818. Petit, il est fervent de chansons populaires et adepte de la rue. L'école n'est pas pour lui plaire. Lycée de Pest et règles de Latin, Vienne pour le Droit, Semmelweis est reçu docteur en médecine en 1844, maître en chirurgie et docteur en obstétrique en 1846. La mortalité est importante chez les femmes enceintes (on atteint des 96 %) et Semmelweis démontre que les particules cadavériques sur les mains des internes infectent le col de l'utérus. Il énonce une règle : la désinfection des mains ! Les principes de l'asepsie naissent. Des puissances de haine se mettent en branle contre l'impétueux médecin. Il est révoqué deux fois, jalousé, méprisé et piétiné. Il mourra dans d'atroces souffrances à la suite d'une infection provoquée lors d'une crise de démence. Pasteur éclairera la vérité microbienne de façon irréfutable et totale cinquante ans plus tard.
Cette thèse surprend par la qualité littéraire employée. C'est déjà du Céline ! Ponctuations abusives, phrases courtes et cinglantes, joutes verbales et géopolitisme outragé. Semmelweis est son double ; un homme à l'errance hallucinée et désabusé sur l'avenir des hommes. "La découverte de Semmelweis dépassa les forces de son génie. Ce fut, peut-être, la cause profonde de ses malheurs."















